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Développement de la finance islamique au Burkina Faso : contraintes opportunités et perspectives

L’introduction de la FI en Afrique a été favorisée par l’accroissement des besoins d’investissement des pays africains, devenus moteurs de la croissance mondiale; la réduction de l’aide des pays de l’OCDE accentuée par la crise financière de 2007-2008; l’intérêt marqué des dirigeants africains à s’orienter vers de nouveaux investisseurs que sont les pays du Golfe (qui disposent de forts excédents budgétaires) et les institutions spécialisées comme la BID; la réponse au besoin de produits de financement conformes aux principes de la Charia par une forte communauté musulmane.

Le potentiel du marché de la Finance Islamique reste largement sous exploité en Afrique de l’Ouest où elle représente moins de 1% du système bancaire.

Le mécanisme de fonctionnement des Institutions de Finance Islamique(IFI) étant basé sur les principes d’égalité, de justice et d’équité constitue donc une alternative éthique avec l’offre d’instruments innovants et compatibles à la charia.

La spécificité des financements vient du fait que dans le système classique, l’essentiel des transactions se fait par le biais de la liquidité et la rémunération par l’intermédiaire du taux d’intérêt. Tandis que dans le système islamique, les transactions reposent plus sur des flux d’actifs réels.

Nous notons cependant des contraintes à l’industrie liées aux différentes interprétations des ‟Charia Board″, qui peut être sources de divergences dans l’élaboration des produits financiers ; sur le plan commercial, il n’existe pas de statistiques permettant de cerner le potentiel du marché ; en outre, les produits actuels de la FI sont plus orientés au financement des opérations d’exploitation à court terme au détriment des opérations d’investissement et d’équipement des entreprises.

Les IFI en zone UEMOA souffrent surtout de l’absence d’un cadre institutionnel et normatif prenant en compte leur spécificité. Le plan comptable bancaire et le SYSCOA ne prennent pas en compte les opérations de la Finance Islamique d’où l’intérêt d’instaurer au sein de la zone un dispositif prudentiel adéquat tenant compte des contraintes liées aux IFI. Certains produits comme la mourabaha et la Ijara subissent une double imposition sur le plan fiscal.

Ses principales faiblesses sont la non prise en compte des opérations de la Finance Islamique dans la règlementation bancaire (Loi bancaire, règles de gestion prudentielle, instructions BCEAO…); le déficit de ressources humaines qualifiées ; la confusion ou l’amalgame avec le financement du terrorisme qui limitent les actions de promotion, de communication et de marketing ; la méconnaissance des populations.

Toutefois la Finance Islamique à travers les principes de partage de profits, s’insère naturellement dans les traditions africaines avec l’interdiction de l’incertitude, la spéculation, l’intérêt, l’usure et les secteurs illicites. Elle est adaptée aux besoins de croissance des pays en développement et constitue donc une nouvelle opportunité pour l’espace UMOA en général et le Burkina Faso en particulier.

Elle garantie une bonne maîtrise du risque, l’objet du financement est réellement identifié et est adossé à un actif sous-jacent ce qui présente l’avantage d’éliminer tout détournement d’objets ; l’implication de toutes les parties prenantes dans le dénouement de la transaction et la moralisation des marchés financiers constitue une protection contre les crises.

Sur le plan de l’inclusion financière, elle constitue une opportunité pour le développement de l’inclusion financière au Burkina Faso car sa prise en charge va des plus démunis aux grandes entreprises. Il appartient donc aux institutions de micro-finance et aux banques de saisir cette opportunité.

C’est pourquoi, Coris Bank International a mis en place courant 2015 Coris Bank Baraka, entièrement dédiée à la Finance Islamique. Elle a bénéficié d’une ligne de financement de 17 millions d’euro de la SID, destinée au financement des PME et du secteur agricole.

L’industrie Financière Islamique connaît un développement certain avec la mondialisation financière. Il pourrait demain connaître une nouvelle expansion, à travers les activités de banques d’investissement, et le développement accéléré de la micro-finance, ouvrant d’intéressantes perspectives de financements souverains et d’investissements étrangers.

A travers toutes ses formes différentes (fenêtre, intervenant bancaire à part entière, banque d'investissement et assurance), elles fourniront un effet de levier adapté et aideront à limiter la spéculation et les risques moraux.

La Finance Islamique va agir comme un catalyseur dans la mobilisation de ressources financières au Burkina Faso.

Elle permettra de relever le défit de la bancarisation tout en captant l'épargne qui échappait au système bancaire classique pour des raisons religieuses et aussi permettre aux PME d'accéder aux financements en fournissant des garanties supportables sur une base participative.

Les évolutions récentes ont poussé les gouvernements à se concentrer sur la création d'un environnement plus favorable pour les émissions de sukuk. Certains pays ont déjà émis des sukuk de l’UMOA comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Togo en ont déjà émis. Ces émissions seront davantage facilitées avec les travaux de mise en place d’un cadre réglementaire adapté aux règles spécifiques en Zone UMOA initiés par la BCEAO en collaboration avec ICD.

Au regard du succès de ces opérations et de l’évolution de la réglementation, les sukuk pourraient être une alternative pour la levée des fonds d’investissement au Burkina Faso.

Sylvie Sally KINDA, Chargée de Mission Finance Islamique